- Qu'est-ce qui se passe, madame ?
- Mon amie est à l'intérieur de la cathédrale, elle est tombée et ne réagit pas. J'ai peur, elle a le cœur fragile.
Les deux personnes se précipitèrent à l'intérieur. L'homme, Hubert Margelin, se pencha, et constata :
- Ce n'est rien, elle respire calmement, on va quand même appeler un méde... Merde !
Il venait de tourner la tête.
- Quoi ! hurla Suzanne sur les nerfs.
- Vous avez vu le bonhomme, là !
- J'ai une mauvaise vue et...
- Tant mieux, ne vous approchez pas, il est mort, constata Hubert.
Suzanne porta les mains à sa poitrine pour esquisser un signe de croix et le stoppa net.
- Comment pouvez-vous en être sûr ? Vous êtes médecin ?
- Non, mais c'est facile, ils sont rares les gens qui vivent en étant scalpés.
Suzanne n'eut pas l'air d'assimiler les mots jetés en vrac par le grand type. Elle dit :
- Il n'a plus de cheveux, c'est ça ? il est rasé, comme la plupart des jeunes de maintenant.
Hubert vit que la vieille dame ne réalisait pas très bien la situation. Néanmoins, il pensa, mais ne dit rien, « pas tout à fait, ou alors son coiffeur a raté la coupe. »
Hubert faisait dans l'humour noir, il fallait bien pour tenir le coup dans ce genre de circonstances.
- Je ne comprends pas, insista-t-elle.
- Ne cherchez pas à comprendre. Scalper, dans le dictionnaire, ça veut dire à peu près ceci : « arracher la peau du crâne et les cheveux avec un instrument tranchant. »
La phrase dans toute son horreur arriva enfin au cerveau de Suzanne. Elle pâlit brusquement, chercha un siège du regard, se laissa tomber plus qu'elle ne s'assit.
- Vous comprenez pourquoi votre amie est tombée dans les pommes ? fit Hubert.
Elle agita simplement la tête. Hubert passa un coup de fil sur son portable afin de prévenir la gendarmerie de Tréguier. Ensuite, il s'employa à ranimer Louise Courdic.
Une fois debout, la vieille femme regarda son amie Suzanne d'un air égaré, son chignon à moitié défait pendouillait d'un côté de la tête. Toutes deux s'éloignèrent du cadavre, trouvèrent un petit coin. Hubert patienta un moment avant que la voiture de la gendarmerie de Tréguier et des pompiers ne s'arrêtent devant le portail.
Il alla au devant d'eux. Un adjudant-chef et deux gendarmes entrèrent suivis par des hommes qui venaient d'enfiler des combinaisons blanches.
On les appelait les « TIC », les techniciens d'investigation criminelle. Ceux-là venaient de Lannion. C'étaient eux qui les premiers tourneraient, s'occuperaient du cadavre et relèveraient les empreintes ou toutes choses susceptibles d'éclairer l'enquête ; ensuite, direction le laboratoire de la police scientifique à Rennes, aux fins d'analyse.
Hubert remarqua, en regardant œuvrer les hommes, qu'il devenait de plus en plus difficile de tuer et de ne pas être pris. Le matériel mis à la disposition de la police était de plus en plus pointu. Les hommes en blanc passèrent les premiers.
Les deux gendarmes interdirent le périmètre, fermèrent la cathédrale à toutes personnes étrangères aux forces de l'ordre. Hubert Margelin, dans un coin, avait remarqué que beaucoup de sang avait coulé de la boîte crânienne ouverte.
- Assez barbare comme technique ! Je n'avais encore jamais vu ce genre de pratique par ici, lança un des gendarmes.
- Effectivement ! ajouta l'adjudant-chef. Affreux ! Dégueulasse !…et dans une cathédrale !… Encore un cinglé !
.- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ! demanda Hubert.
Le gradé haussa les épaules :
- Comme ça ? Vous n'allez pas me dire que la personne qui a tué de cette façon, n'a pas une araignée dans le plafond, non ?
Hubert fit la moue.
- Oui... Peut-être, mais ?
- Mais quoi ? Si vous avez une idée, même petite, je suis preneur.
Hubert, après réflexion, jeta en articulant bien :
- Scalper ! Il faut pouvoir le faire : soit, dans sa tête, le tueur est vachement costaud, soit, comme vous dites, c'est un cinglé. Et des cinglés ! Il y en a justement plein les rues à l'heure actuelle. |